Investir dans l’écologie en bourse, même avec un PEA

Article publié initialement le 22 octobre 2020, entièrement réécrit le 10 octobre 2026.

Les écolos extrémistes vont me haïr.

Je les entends déjà : « Il n’y a pas d’investissement vert. Investir en bourse, c’est financer le problème lui-même. » Pourtant, attendre la grande transition sans bouger son épargne, c’est s’abstenir parce qu’aucun candidat n’est parfait. Alors qu’en bourse, chaque action est un vrai bulletin de vote.

L’argent n’est ni bon ni mauvais. Tout dépend de ce qu’on en fait. Et avant de rêver de modèles alternatifs, il faut bien composer avec le système actuel pour faire bouger les lignes des gouvernements et des grands groupes.

Alors :

  • Quels ETF écologiques ou quelles actions choisir pour investir de façon éthique ?
  • Comment rendre un PEA un peu plus écolo ?
  • Quelles sont les entreprises vertes cotées en bourse ?

C’est ce que nous allons voir.

ETF écologiques : ce que tu achètes vraiment

Par définition, un ETF est un panier géant. Tu ne choisis pas tes actions une par une.

Du coup, en pensant agir pour la planète avec un ETF qui sonne bien, tu peux te retrouver à financer une entreprise qui n’a pas vraiment de valeur écologique.

Néanmoins, après plusieurs années à décortiquer la finance verte, le constat est clair : les choses s’améliorent, mais on est encore loin du compte.

Prends les ETF dits « low carbon », censés s’aligner sur les accords de Paris. Dedans, tu vas retrouver en bonne place NVIDIA, Microsoft ou Apple. On a vu plus radical comme transition écologique, n’est-ce pas ?

Ensuite, le marché se divise en deux grandes thématiques.

Les ETF verts thématiques

  • Les énergies renouvelables, des fonds comme l’Amundi MSCI New Energy ETF (FR0010524777), dont la composition tient la route
  • L’eau, l’Amundi MSCI Water UCITS ETF (FR0010527275)

Le gros hic ? Aucun de ces deux mastodontes n’est éligible au PEA. Pour l’eau, il existe bien un équivalent français, l’Amundi PEA Eau (MSCI Water) (FR0011882364), mais côté énergies renouvelables, c’est le désert sur PEA.

Idem pour l’Amundi Global Hydrogen ETF (FR0010930644) axé sur l’hydrogène, dont la composition m’avait agréablement surpris, mais qui reste bloqué hors PEA.

Et j’évite soigneusement de m’étaler sur les ETF iShares, la filiale de BlackRock. Le premier gestionnaire d’actifs mondial a quitté en 2025 la principale coalition climat du secteur, et n’a soutenu que 4 % des résolutions environnementales et sociales en 2024. Rappelle-toi : en achetant un ETF, tu confies ton bulletin de vote à son gestionnaire.

Concrètement, qu’est-ce qu’on fait ?

Tout ça pour dire qu’aujourd’hui, si tu veux investir dans le vert via un PEA, oublie les ETF verts. L’offre est bien trop maigre. La solution, c’est de construire ton propre ETF, action par action.

Oui, du stock picking. Je sais, pour certains, c’est presque un gros mot. Mais c’est le seul moyen de garder le contrôle total sur l’argent que tu places.

Comment je choisis mes entreprises ?

Ma méthode tient en un mot : le pragmatisme. Je ne cherche pas la pureté des saints, je cherche l’impact réel.

Pour trier le bon grain de l’ivraie, je fonctionne par étapes :

  • L’analyse de l’activité brute : les produits ou services de l’entreprise sont-ils liés, directement ou indirectement, à l’écologie ? C’est le premier filtre indispensable
  • Le décryptage du sustainability report : Je plonge dans les rapports de durabilité de l’entreprise. Avec un peu d’expérience, on repère vite la différence entre une stratégie sincère et une grossière couche de greenwashing marketing
  • Le croisement des données ESG : Je regarde les notes et infos extra-financières disponibles (sur Boursorama, par exemple) ainsi que l’outil Money Care (tant que la plateforme reste accessible)

Le cas des « mauvais élèves » indispensables

À partir de là, je fais mes propres arbitrages. Et parfois, mes choix bousculent les dogmes écolos :

  • Je zappe des entreprises comme Union Pacific : sur le papier, c’est une compagnie de train, donc « écolo ». En réalité, une part importante de son activité consiste à transporter du charbon aux quatre coins des États-Unis. Sans façon.
  • J’intègre des entreprises comme Air Liquide ou Veolia : elles traînent une image d’industrielles lourdes, pourtant, leurs technologies de captage de carbone, de traitement de l’eau et d’efficacité énergétique sont tout bonnement indispensables pour réussir la transition à grande échelle

Les actions vertes en bourse, secteur par secteur

La transition écologique, ce n’est pas qu’une histoire d’éoliennes et de panneaux solaires. C’est aussi du cuivre recyclé, des freins de train, des pompes à chaleur et du ciment moins carboné. Des secteurs souvent moins glamour, mais parfois plus rentables qu’on ne l’imagine.

J’ai regroupé les entreprises en neuf secteurs. Pour chaque secteur, je te donne l’essentiel ici, et la liste complète avec mon analyse dans un article dédié.

SecteurProfil dominantQuelques nomsPEA
1. Énergies renouvelablesDéfensif, sensible aux tauxIberdrola, RWE, EDP RenovaveisOui, en majorité
2. Panneaux solairesSpéculatifFirst Solar, OkwindRarement
3. Hydrogène vertDu pilier au très spéculatifAir LiquideSelon les titres
4. Gestion et stockage de l’énergieCroissanceSchneider Electric, EatonSelon les titres
5. Pompes à chaleur et climatisationCroissanceTrane, CARELSelon les titres
6. Construction écologiqueDu pilier au spéculatifSaint-Gobain, Hoffmann Green CementOui, en majorité
7. Recyclage des déchetsDéfensifVeolia, Séché EnvironnementOui, pour les Français
8. Eau et airDéfensifVeolia, Clean HarborsSelon les titres
9. FerroviaireDéfensifKnorr-Bremse, WabtecSelon les titres

Envie de voir ce que donnerait une sélection de ces secteurs ? Teste-la dans mon simulateur de poche verte : choisis tes thématiques et ton niveau de risque, puis compare ta sélection au MSCI World sur 5 ans.

Famille 1 : produire et gérer une énergie propre

Les producteurs d’énergies renouvelables

Ce sont eux qui construisent et exploitent les parcs éoliens, solaires et hydroélectriques. On y trouve de vrais colosses, comme l’espagnol Iberdrola, parti très tôt sur l’éolien en mer, ou l’allemand RWE, qui opère une conversion après des décennies de charbon.

Le piège à connaître : ces entreprises s’endettent massivement pour construire leurs parcs. Quand les taux d’intérêt montent, leur cours dégringole, comme l’a vécu EDP Renovaveis. Ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour qui sait attendre.

Les fabricants de panneaux solaires

Ne nous voilons pas la face : la production de panneaux solaires est aujourd’hui largement concentrée en Asie. Investir dans ce secteur depuis l’Europe demande donc de bien savoir ce qu’on achète, et d’accepter une forte volatilité face à la concurrence chinoise.

L’américain First Solar fait exception, porté par le protectionnisme américain. En France, Okwind conçoit des trackers solaires : éligible au PEA, mais très volatile.

L’hydrogène vert

C’est l’un des scénarios les plus crédibles pour décarboner l’industrie lourde et le transport. Le secteur va du pilier ultra-solide, comme Air Liquide, leader mondial des gaz industriels, à des pure players beaucoup plus risqués, qui brûlent encore du cash en attendant que le marché décolle.

La gestion et le stockage de l’énergie

Produire de l’électricité verte ne sert à rien si on ne sait pas la stocker, la distribuer et l’économiser. C’est le rôle des champions comme Schneider Electric ou l’américain Eaton, dont les systèmes s’arrachent face à l’explosion des data centers et à la saturation des réseaux électriques.

Famille 2 : bâtiment et efficacité énergétique

Les pompes à chaleur et la climatisation

Réchauffer la planète pour refroidir nos maisons ? En fait, c’est un peu plus subtil que ça. Le chauffage et la climatisation des bâtiments sont un chantier colossal de la transition. On y trouve des géants américains comme Trane Technologies, mais aussi des spécialistes européens beaucoup moins connus, comme l’italien CAREL, qui équipe pompes à chaleur, chaîne du froid et data centers.

La construction écologique

Le BTP est l’un des secteurs les plus émetteurs au monde, donc l’un de ceux où l’impact potentiel est le plus fort. Saint-Gobain tire une grande partie de sa croissance de la rénovation énergétique. Hoffmann Green Cement mise sur un ciment beaucoup moins carboné. Steico fabrique des isolants en fibre de bois.

Famille 3 : ressources et économie circulaire

Le recyclage et la gestion des déchets

Collecter, trier et transformer les déchets en matière première : c’est un métier ingrat, mais qui repose sur des infrastructures quasiment impossibles à copier. Résultat, une rentabilité souvent solide. On y croise des acteurs familiaux français comme Séché Environnement, spécialiste des déchets dangereux, ou Pizzorno Environnement, et des forteresses américaines comme Waste Management.

L’assainissement de l’eau et de l’air

Après les déchets, l’autre grand chantier : la pollution de l’eau et de l’air. Veolia, leader mondial depuis l’absorption de Suez, en est le géant incontournable. À l’autre bout du spectre, la petite française UV GERMI dépollue l’eau par ultraviolets, sans produits chimiques. Prometteuse, mais très volatile.

Famille 4 : la mobilité durable

Le ferroviaire

Quand le contexte politique relègue l’écologie au second plan, le rail reste une valeur refuge : ses contrats se signent sur des décennies. Pas sexy, mais indispensable. L’allemand Knorr-Bremse freine les TGV et les métros de Tokyo, l’américain Wabtec a lancé la première locomotive de fret 100 % à batterie des États-Unis.

Et si tu veux surtout des dividendes ?

Certaines de ces entreprises versent des dividendes généreux tout en étant réellement engagées dans la transition. J’ai sélectionné les plus intéressantes dans un article à part :

Et la rentabilité ?

La rentabilité est toujours un sujet délicat car elle n’est valable qu’à l’instant T.

Par exemple, durant l’année 2020, il y a eu un très fort engouement pour toutes les actions liées à l’écologie. À cette période, la rentabilité était bien plus élevée que l’ETF MSCI World. Puis les taux d’intérêt ont remonté, et la fête s’est arrêtée.

Des pépites ont dégringolé pendant que les entreprises solides ont continué de grimper plus doucement.

Si la rentabilité est ce qui compte le plus pour toi, ou si tu veux investir dans l’écologie sans pouvoir te permettre de perdre d’argent, mieux vaut miser sur les entreprises les plus solides de chaque famille qu’on vient de voir.

Ton portefeuille deviendra ennuyeux, mais en bourse, c’est plutôt bon signe.

Concrètement, dans mon portefeuille ?

C’est simple, mon portefeuille est divisé en 3 :

  • 60 % ETF MSCI World (FR001400U5Q4)
  • 30 % actions vertes
  • 10 % d’or (hors PEA)

L’ETF MSCI World, c’est le socle qui assure la diversification. Oui, il contient des pétrolières, mais je l’assume : c’est le prix d’une base solide. Les 30 % d’actions vertes, c’est ma poche satellite, celle qui porte mes convictions.

Si tu veux composer et doser la tienne, j’ai créé un simulateur de poche verte gratuit. Et pour voir ce que ça donne en vrai, avec les bonnes et les mauvaises surprises, j’ai détaillé mes résultats dans un article dédié : Combien je gagne en investissant dans l’écologie ? Mes chiffres réels.

Questions fréquentes

Peut-on mettre des ETF verts dans un PEA ?

Très peu. La plupart des ETF thématiques (énergies renouvelables, hydrogène, eau monde) ne sont pas éligibles au PEA. L’Amundi PEA Eau fait partie des rares exceptions. En revanche, les actions d’entreprises européennes sont éligibles : c’est pourquoi je construis ma poche verte en choisissant mes entreprises une par une.

Investir vert, est-ce rentable ?

Ça dépend énormément des entreprises choisies. Sur les cinq dernières années, certains géants de la transition comme Schneider Electric ou Iberdrola ont fait mieux que le MSCI World, quand d’autres valeurs vertes ont perdu plus de la moitié de leur valeur. Une poche verte diversifiée entre plusieurs secteurs limite ce risque, sans le supprimer.

Que garantit le label ISR ?

Le label ISR est un label d’État qui certifie qu’un fonds intègre des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Il a été réformé en 2024 avec des critères plus stricts, notamment l’exclusion des entreprises qui lancent de nouveaux projets d’exploitation d’énergies fossiles. Mais attention : ISR ne veut pas dire « vert ». Un fonds labellisé peut contenir des banques ou des géants de la tech. Si l’environnement est ta priorité, le label Greenfin est plus exigeant sur ce point.

Comment éviter le greenwashing ?

Regarde ce que l’entreprise vend réellement, pas ce que dit sa communication. Pour un fonds, ouvre sa composition : si tu y trouves surtout des entreprises sans lien avec la transition, passe ton chemin. Pour une action, lis son rapport de durabilité et méfie-toi des promesses sans chiffres ni échéances.

Quelle part de mon portefeuille consacrer à l’investissement vert ?

Il n’y a pas de règle universelle. Une approche courante consiste à garder un cœur de portefeuille diversifié, et à y ajouter une poche satellite minoritaire, choisie selon tes convictions. Pour tester différents dosages, tu peux utiliser mon simulateur de poche verte gratuit.

Et si je veux un impact plus direct que la bourse ?

Quand tu achètes une action en bourse, tu la rachètes à un autre investisseur : ton argent ne va pas directement à l’entreprise. Ton impact passe par ton vote d’actionnaire et par le signal que tu envoies au marché. Pour financer directement des projets concrets (parcs solaires, méthaniseurs, agriculture durable), il existe des plateformes de financement participatif comme BlueBees ou Enerfip. La contrepartie : ton argent est bloqué plusieurs années, et le risque de perte en capital est réel. Je n’ai pas encore testé ce type d’investissement, mais ça pourrait faire l’objet d’un prochain article.

À quoi sert tout cet argent ?

C’est la question que peu d’articles sur l’investissement vert posent. Investir dans le vert, c’est choisir ce que ton argent finance. Mais il peut aussi t’acheter quelque chose de bien plus précieux : du temps.

Depuis 2023, je travaille par saisons : parfois six mois de freelance intensif, six mois de liberté, parfois en CDI de 4 jours par semaine.

Je ne suis pas un privilégié. J’ai simplement pris le temps d’investir puis de calculer à partir de quand mon patrimoine pouvait prendre le relais d’une partie de mon salaire.

Travailler 4 jours par semaine, alterner les saisons, prendre un congé sabbatique, ou simplement arrêter d’épargner et laisser ton capital grossir seul : chacune de ces options a une date. La tienne.

Photo Tsaiga

2 Commentaires

  1. Bonjour,
    Jai découvert votre blog avec intérêt, puisque je cherche depuis un moment déjà à orienter ma (petite) épargne vers des supports plus vertueux.
    Devant le peu de possibilités pour concilier Finances et Conscience, peut-être qu’Enerfip est effectivement une bonne solution. Si vous en avez la possibilité, un article sur votre expérience pourrait être intéressant.
    Merci en tout cas pour vos articles,
    Claire

    • Xavier, L'Homme Heureux Répondre

      Bonjour Clairette,

      Merci pour ton message ! Je n’ai malheureusement pas encore testé ces plateformes, mais je note ta suggestion : j’écrirai un article dès que je l’aurai fait.

      À bientôt,
      Xavier

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