Le texte suivant est un résumé des principales idées développées par Aurélien Barrau lors de son interview à « Une époque Formidable », événement qui s’est tenu à Lyon le 12 octobre 2020.

Beaucoup de bonnes idées dans cette entrevue malgré un déroulement un peu brouillon. J’ai pris l’initiative de les réorganiser dans une argumentation plus logique.

Version audio :

Un homme d’affaires à qui tout réussi

Elon Musk nous émerveille parce que sa société Space X est en train de prendre le pas sur la NASA. En d’autres termes, une société privée à but lucratif, va dépasser la capacité de faire d’une agence gouvernementale.

L’un de ses projets est de maculer le ciel de plus de 40 000 satellites ! Ce qui rendra presque impossible l’astronomie de précision. Le ciel est aux mains d’une société privée. Nous perdons la solennité du ciel nocturne.

Pendant ce temps, Elon Musk arrive à nous faire croire que ses voitures Tesla « sont bonnes pour l’environnement », alors que leur équipement requiert des métaux précieux dont l’extraction est un désastre écologique et social (pollution des sols et cancer à répétition chez les ouvriers.) Et quand bien même, pour réussir à faire bouger une voiture de 2 tonnes même propulsée électriquement, cela reste un gouffre énergétique.

Elon Musk qui a également comme projet de transporter des armes n’importe où dans le monde le plus rapidement possible.

Bref cet homme est un bandit.

Avant, la conquête de l’espace représentait une avancée pour l’humanité, aujourd’hui elle est faite pour le fric.

Et au vu de ce qui est en train de se dérouler : perte des forêts, pertes des mammifères sauvages, perte des insectes, nos regards ne devraient pas être tournés vers l’espace, mais vers la terre.

L’écologie, castratrice de tous les plaisirs ?

Souvent l’écologie est vue comme une contrainte, une punition, l’absence de plaisir.

Le soir, quand vos enfants passent leur temps à jouer à Fortnite en haut débit, et bien, ils ne lisent pas. C’est l’un ou l’autre. Idem pour votre temps passé sur Instagram.

Les questions à se poser devraient être : que souhaite-t-on valoriser ? Qu’est-ce qui fait sens ? Qu’est-ce qui nous rend désirables ? Car il y a là un vrai problème, nous voulons tous être aimés.

Pourquoi veut-on une voiture de sport ? Pourquoi veut-on le téléphone dernier cri ? Ce n’est pas pour ce que nous apportent les objets, mais tout simplement pour acheter le regard de l’autre. C’est une manière de se rendre désirable.

Si aujourd’hui le désir change de camp, si aujourd’hui vous vous faites photographier en jet ski pendant vos vacances et on dit que « ça fait plouc », si aujourd’hui ça devient un marqueur d’incompréhension face au désastre écologique – 800 000 morts par an, dues à la pollution, rien qu’en Europe – si tout ça apparait, alors une transition pourra s’effectuer.

Donc plutôt que de se faire désirer pour les photos de nos dernières vacances aux Bahamas, pourquoi ne pas plutôt se faire désirer par une invitation à s’émerveiller ?

On connait tous les sons des notifications Facebook, Instagram, Twitter, mais on ne connait pas les 3 principaux chants d’oiseaux encore dans les villes.

D’ailleurs, le chant des oiseaux est le dernier son non humain que l’on peut encore entendre en ville. Pour combien de temps ?

C’est la faute du capitalisme !

Les Mayas n’étaient pas capitalistes et leur capacité de destruction de l’environnement est vraisemblablement inégalée.

Les empereurs romains n’étaient pas capitalistes, pourtant on trouve encore des traces de plombs dans les carottages des pôles.

C’est exclusivement le désir illimité de possession matériel, associé à une production destructive qui pose problème.

Si notre désir de créer, d’aimer, d’inventer, d’aider est illimité, ça ne pose aucun problème.

Ne croyons pas que l’écologie est castratrice ou décroissante, elle appelle à toutes les croissances fondamentales, sauf cette infime part de nos activités qui est l’accumulation de biens matériels, détruisant les conditions d’habitabilité de notre planète.

En fait, il faut renoncer à presque rien, mais ce presque rien, détruit presque tout.

Aurélien Barrau

Les politiques n’ont aucun intérêt d’agir

L’échelle de temps qui permettrait de résoudre les problèmes écologiques n’est pas celle qui permettrait la réélection de ceux qui s’occupent de notre avenir.

Il n’y aurait aucun bénéfice pour un homme ou une femme politique à prendre les mesures qui nous sauveraient, parce que les effets ne se sentiraient pas 3 ans après, alors que c’est 3 ans après qu’ils se représenteront pour un mandat.

Il faut donc de toute urgence inventer une autre manière de faire.

La convention citoyenne est un échec puisque ses recommandations les plus fondamentales sont déjà ignorées avant même qu’il y ait débat. Le politique ne tient pas ses promesses et continue de nier les problèmes les plus urgents, au profit d’une inertie systémique et économique. Et pourtant, cette idée de convention était plutôt bonne.

Le principe est de tirer au sort des citoyens n’ayant aucun intérêt personnel à être aimés. Ils doivent prendre des mesures pour le bien commun fussent elles impopulaires, à travers des interviews d’experts.

Pendant ce temps, la politique ne met aucune question fondamentale sur la table. Nous sommes face à une crise écologique et sociale sans précédent. Selon l’ONU nous sommes sous une menace existentielle directe et la seule chose qui a été faite, est de reporter de quelques mois le versement des dividendes aux actionnaires.

[…] Quand le dernier poisson sera capturé, alors seulement vous vous apercevrez que l’argent ne se mange pas.

Prophétie d’un Amérindien Cree

L’économie n’existe pas

Normalement, quand on est dans un avion en train de se crasher, on arrête la partie de Monopoly qu’on faisait avec ses enfants, et on va voir ce qui se passe dans le cockpit. Là, nos dirigeants continuent de jouer au Monopoly même dans un avion en train de s’écraser.

Ce qu’il faut comprendre c’est que l’économie est une pure convention. Si vous me devez 500 € et que je dis : j’annule la dette. C’est fini ! Par un acte de langage, mes mots sont performatifs.

Alors que si par un acte de langage, je dis : je veux que la température baisse dans cette pièce, rien ne se passe.

Donc le climat, la santé, la mort, la souffrance, ça c’est réel. Tandis que l’économie est une futilité extrême. Pourtant, face à cette crise majeure, nous faisons comme s’il y avait encore des réalités économiques.

Va le dire à ceux qui perdent leur emploi

Si on décidait de mettre fin à la consommation de viande et de poisson uniquement pour le bien de l’écologie, ça serait des milliers de personnes qui se retrouveraient sans emploi.

C’est vrai : quoi qu’il se passe, un désordre est engendré. C’est un fait.

Par exemple, l’idée de la fin de l’esclavage paraissait impossible. Quand le basculement était proche, certains intellectuels avouaient qu’il y avait quelque chose d’immoral dans l’esclavage, mais qu’on ne pouvait pas faire autrement ! On ne s’en sortirait pas sans esclave ! C’était exactement la même chose avec le travail des enfants.

Quand les gamins travaillaient à douze ans dans les mines, ça semblait normal. Cependant, avant le basculement, il y avait l’idée que « oui, c’est vrai, c’est un peu immoral. Mais on ne pouvait pas faire autrement ! »

Et c’est exactement le même jeu qui se rejoue aujourd’hui. Le spectre du désordre qui serait engendré est agité pour ne pas mettre les véritables questions sur la table.

Si on ne mange plus d’animaux, on mangera autre chose et évidemment que des reconversions auront lieu et ça ne se sera pas nécessairement une catastrophe sociale.

Ne pas sauver le système …

… mais en créer un autre.

Une des causes de la reprise de la pandémie est l’ouverture des bars où, une fois la jovialité installée, tout le monde retire son masque et il n’y a plus de distance barrière. Les bars n’ont pas été interdits parce qu’il fallait les sauver.

Mais au lieu de les interdire, n’était-il pas possible de les fermer en partageant un peu de notre argent pour les aider ?

L’idée de partage, l’idée de mise en commun est tellement impossible, que les politiques ne la mettent même pas sur la table.

Le nouveau récit doit être écrit collectivement

Aurélien Barrau

Pour donner un exemple : il y a 3 fois plus de logements vacants que de SDF en Ile-de-France. L’espérance de vie est diminuée de 20 ans quand on vit dans la rue. Est-ce normal de laisser des personnes dehors ?

« Il y a une place libre et il y a quelqu’un qui crève à côté ! Ne pourrait-on pas le mettre dans l’appartement vide ? »

De toute façon, c’est foutu

Il existe des histoires d’hommes et de femmes déportées pendant la Seconde Guerre mondiale, qui sont tombés amoureux dans les camps de la mort :

Même dans le pire endroit du monde, il y a eu des histoires d’amour.

Même quand ça va infiniment mal, il y a encore des épiphanies de beauté possibles.

« Le déficit d’amour est central pour comprendre l’état dans lequel nous avons précipité la planète. […] La diffusion est le partage de l’amour et déterminant pour sauver la planète. »

Aurélien Barrau récite alors la fin du poème de Jean Genet « Le condamné à mort »

Amour viens sur ma bouche ! Amour ouvre tes portes !
Traverse les couloirs, descends, marche léger,
Vole dans l’escalier, plus souple qu’un berger,
Plus soutenu par l’air qu’un vol de feuilles mortes.

Ô traverse les murs; s’il le faut marche au bord
Des toits, des océans; couvre-toi de lumière,
Use de la menace, use de la prière,
Mais viens, ô ma frégate, une heure avant ma mort.

Fin

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