Coast FIRE, ma retraite progressive, retour d’expérience

Travailler moins ? J’ai voulu voir ce que ça donnait en vrai.

D’abord, j’ai démissionné pour alterner six mois de freelance et six mois de repos. Problème : la deuxième année, je n’ai trouvé aucune mission qui me convenait. Bilan : six mois de travail en deux ans, puis retour en CDI.

Aujourd’hui, je travaille pour ainsi dire quatre jours par semaine, sans avoir négocié de temps partiel. Pour ça, je pose des congés ou du sans solde, et ces mois-là, j’arrête simplement d’épargner. Mon capital, lui, continue de travailler pour ma retraite.

Autrement dit, ce n’est plus mon contrat qui décide combien je travaille. C’est moi.

Le Coast FIRE, c’est quoi ?

C’est avoir déjà investi assez pour que ce capital, en grossissant tout seul, finance ta retraite. Tu n’as plus besoin d’épargner pour plus tard : ton salaire ne sert plus qu’à payer le présent. Et c’est ce qui permet de travailler moins.

Remarque que je dis bien travailler moins. Pas arrêter.

Si tu en as marre de ton boulot, pire, si tu en as marre de ton quotidien, je comprends que l’idée de ne plus avoir à bosser puisse paraitre alléchante. Un peu comme ces gens qui cherchent un boulot planqué.

Payé à rien faire, le rêve ? L’ayant vécu, je peux te répondre que non.

Un boulot payé à ne rien faire donne très vite le sentiment d’être inutile, pendant que l’ennui, lui, vampirise toute ton énergie. La fin de journée est marquée par une fatigue mentale extrêmement lourde à porter. Les amoureux des anglicismes appellent ça le bore-out.

La retraite anticipée, c’est un peu la même chose. Seule différence : personne ne t’impose sept heures de présence par jour. Il faut remplir ses journées soi-même, et peu de gens y sont prêts.

La retraite, ce n’est pas pour tout le monde

Il m’aura fallu des années de préparation pour en arriver là. Entre épargne investie minutieusement et barrières mentales à faire tomber.

Lorsque je posais ma lettre de démission sur le bureau de ma directrice en 2023, c’était l’aboutissement d’une année à peser le pour et le contre. J’avais notamment le confort d’aller travailler à pied. Sortir du confort demande de la volonté. J’y suis finalement arrivé.

Je goutais enfin à cette liberté tant fantasmée à force, je dois l’admettre, d’avoir été biberonné par différents coachs/gourous, qui eux-mêmes l’ont été par Tim Ferriss et sa semaine des 4 heures.

Il y expliquait notamment l’importance de prendre des mini-retraites pour profiter de la vie et ne pas attendre bêtement la soixantaine. J’avais tant attendu ce moment pour au final comprendre qu’une retraite anticipée, ce n’est pas pour tout le monde.

Pourtant, j’avais déjà connaissance de témoignages d’entrepreneurs à succès ayant atteint l’indépendance financière. Ils étaient tous formels : se faire dorer la pilule sur la plage, ça va bien 5 minutes.

Le travail ne paie pas que les factures. Il remplit nos journées et nous entoure de gens. Certains trouvent tout ça ailleurs : dans leurs projets, leur famille, leurs amis. Pour eux, la retraite anticipée est une libération. Pour les autres, le vide arrive vite. D’ailleurs, j’ai rencontré plusieurs personnes à l’aise financièrement qui avaient choisi un boulot moins bien payé, mais qui avait plus de sens.

Sans coup de pouce du destin, le chemin vers ce luxe est long et peu glamour. Mais peut-être pas aussi long qu’on l’imagine. Je t’explique comment.

Coast FIRE, Barista FIRE… les différents scénarios

Pour travailler moins ou même complètement arrêter, il te faudra une certaine indépendance financière. Il existe plusieurs façons d’y arriver.

Le FIRE classique, c’est vivre entièrement de ses placements. Le Barista FIRE, c’est un capital qui couvre une partie des dépenses, et un travail partiel qui couvre le reste. Le Coast FIRE, on l’a vu, c’est ne plus avoir besoin d’épargner pour plus tard. À l’heure actuelle, je suis un hybride de tout ça.

Côté Coast FIRE, j’arrête d’épargner les mois où je travaille moins. Côté Barista FIRE, je ne travaille pas à temps plein comme un salarié classique. Je ne rentre dans aucune case. Je cherche juste le réglage qui me rend du temps sans m’appauvrir, voire qui m’enrichit.

Si tu décides de faire comme moi, il faudra également assumer le côté psychologique de voir ton compte en banque fondre face à l’absence d’une rentrée d’argent lors des périodes d’inactivité. Je t’avais dit que ce n’était pas pour tout le monde.

Pourtant, quand j’ai sauté le pas, j’avais de quoi tenir. La seule chose qui me hantait : est-ce que cette pause allait flinguer mes projets à long terme ? Je n’en avais aucune idée. J’ai quand même signé.

Restait à savoir si j’avais eu raison, ou juste de la chance. Pour en avoir le cœur net, et pour aider ceux qui sont dans la même situation, j’ai fini par coder un simulateur.

Raison ou chance ? Ce que le calcul m’a montré après coup

La première chose que j’ai faite, c’est d’y entrer ma situation financière de l’époque puis les deux pauses que j’ai faites entre 2023 et 2025.

Verdict : environ dix-huit mois sans salaire, et moins de 5 % de différence sur mon revenu à la retraite (capital + retraite de l’État). Et ce, avec un rendement constant et modéré, sans parier sur les bonnes années de bourse.

La retraite de l’État pèse lourd dans ce résultat. C’est ce que beaucoup de calculateurs FIRE, souvent pensés pour les États-Unis, laissent de côté.

J’avais donc eu raison : mes deux pauses ont eu un impact dérisoire.

Ce qui m’a manqué à l’époque, c’était une permission. Quelqu’un qui me dise : « C’est bon, j’ai calculé, ça ne changera quasiment rien à ta retraite. » Pendant des mois, j’ai pesé le pour et le contre, persuadé de faire peut-être une bêtise. Un chiffre m’aurait évité bien des nuits à tourner en rond.

Le prix à payer

Cette liberté n’est pas venue d’un claquement de doigts. Derrière, il y a des années de choses parfaitement ennuyeuses : suivre ses dépenses, chercher à les réduire sans tomber dans le misérabilisme, placer une partie de son salaire dès qu’on le reçoit. Rien d’excitant. C’est pourtant ce qui rend la bascule possible.

La bonne nouvelle, c’est que ça va plus vite qu’on ne le croit. Si je repartais de zéro aujourd’hui, en tant que salarié, il me faudrait environ un an d’épargne pour m’offrir six mois sans travailler. Une année de plus si je voulais voyager confortablement pendant ces six mois.

J’ai mis en ligne le simulateur que j’aurais voulu avoir en 2023. Calcule ton propre seuil Coast FIRE, et la date à partir de laquelle tu peux commencer à travailler moins.

Et maintenant, où j’en suis ?

Le vrai point faible d’alterner périodes d’activité et périodes de repos, en freelance, c’est le stress de ne pas trouver de mission quand on le souhaite. Du coup, pendant sa période de repos, on se bride sur les dépenses.

Le CDI à quatre jours flexibles est moins spectaculaire, mais j’ai l’esprit plus tranquille côté finances. Et surtout, je ne repars pas de zéro tous les six mois, avec de nouveaux collègues et un nouveau projet.

Ce choix conviendra à certains, pas à d’autres. À chacun de trouver son équilibre. Je ne m’interdis pas non plus de retenter le freelance plus tard.

Si tu hésites à ton tour, je ne vais pas te dire de démissionner demain. Je vais plutôt te donner les trois questions à se poser avant chaque changement de rythme :

  • Peux-tu retrouver un poste facilement ? Dans ton métier, dans ta région, à ton niveau.
  • As-tu des avantages que tu aurais du mal à retrouver ailleurs ? Un trajet à pied, des horaires souples, une équipe que tu apprécies. Moi, j’ai mis un an à lâcher mon trajet à pied.
  • Et la plus importante : as-tu un plan pour ce temps libre ? Parce que le temps libre sans projet, je l’ai vécu, et ça ressemble vite à de l’ennui.

Si tu as des réponses claires, il ne te manque peut-être qu’une chose : savoir à partir de quand tu peux te le permettre.

Photo Elena Rabkina

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